vendredi 10 septembre 2010

Du Guyana jusqu'au Vénézuela

Les lieux les moins visités tout comme les routes moins voyagées sont souvent les lieux les plus accueillants, là où les gens sont les plus humains. Le Guyana est l'un de ses pays dont personne ne parle, ni les journaux, ni les touristes...une contrée oubliée qui en devient plus que mystérieuse. Nous débarquons sur les terres guyanaises sans soucis grâce à la police surinamaise qui nous arrange la traversée gratuitement, parfois les choses se présentent à nous sans même que nous le demandions. Nous nous étions rendu au poste de police pour un renseignement et ils se sont sentis obligés de tout organiser pour nous. Résultat, 24 heures plus tard, nous voilà au Guyana. A peine quelques pas au sortir de la douane et nous sentons la différence avec les deux "autres Guyanes", une horde de cris et de visages nous assaillent , billets à la main pour nous convaincre de monter dans leur bus, une bataille perdue avec nous, deux voyageurs sans sous. Dès qu'ils le comprennent, la horde s'écarte puis se referme aussitôt sur les nouveaux arrivés.

Nous sommes entrés dans un nouveau monde, l'Europe est loin, l'occidentalisme ne semble pas avoir perduré ici comme au Suriname. Nous découvrons un peuple différent, la peau plus obscure et les sourires plus éclatants, plus franc...plus humains. Premier pouce levé à peine sortis et la première voiture s'arrête et nous emmène sans problème jusqu'au prochain village. Là, il semble que nous faisons partie des très rares touristes qui s'y promènent, tous nous regardent, beaucoup nous interpellent pour nous serrer la main, demander d'où nous venons...et qu'est-ce que nous faisons ici, sans taxi ni autobus. Les rencontrent s'enchaînent, population d'origines africaines, Hindus descendants du temps de la colonie anglaise, musulmans, chacun avec ce même respect, cette même curiosité et une générosité qui nous fait sentir à la maison.
Une seule route mène à Georgetown, capitale du Guyana, une route tracée au milieu d'une immense savane traversée par quelques rivières, oasis de palmiers et de cocotiers. Le long de la route s'étend une ville continue, des milliers de maisons de tout type s'élèvent de chaque côté de la route formant un fresque de couleurs et d'architectures différentes. Ainsi, maison de bois sur pilotis, cabane de brique rouges, édifices kitsh Hindus en bétons colorés de rose, bleu ou vert tapant, commerces en tout genre, propriétés luxueuses aux côtés de baraque délabrée...Sur le bitume brûlant, des animaux se baladent en liberté, vaches, cochons, ânes, les animaux ne sont pas attachés et sont la cause de plus de 70% des accidents de la route. D'ailleurs, nous aurons nous même l'honneur de participer aux deux premiers accidents de notre voyage...en s'en sortant indemne! En voiture, pick up, camion, tous les véhicules sont bons pour se rapprocher de Mélanie, située à quelques kilomètres de la capitale. De fait, le premier Guyaniens que nous avons rencontré à la douane, un Rastafari très inspiré nous avait sur le champs invité à rester chez lui si nous parvenions...Nous nous y présentons le soir même à sa grande surprise et nous initions à l'anglais rythmé des caraïbes et l'hospitalité et la gentillesse des Guyaniens.
Le lendemain, nous découvrons l'un des plus grand problème du Guyana, les déchets...et tout particulièrement les emballages de plastiques, verres ou polystyrène gisant partout, sur les bord de routes, en face des habitations en tas pour être brûlés, dans les canaux...un désastre écologique qui montre toute son ampleur lorsque nous arrivons à Georgetown, où réside la majeure partie de la population, environs 400 000 âmes alors que le Guyana en compte 750 000. Une jeune fille marche devant nous tenant la main à son père, un gâteau dans la bouche, elle laisse l'emballage plastique tomber sur le sol, aucune réaction, geste normal qui s'est inscrit dans les habitudes du lieu. Il pleut régulièrement ici, des pluies fraîches qui irriguent les terres dans la campagnes et nettoient les rues de la ville, repoussant les déchets vers le bord des routes qui s'écoulent ensuite dans les canaux, qui se déversent à grands flots dans l'océan à quelques mètres de là. Un océan où seuls quelques enfants se baignent, une plage déserte, jonchée de déchets rejetés par l'océan, d'objets insolites, frigo usagés, pneus de voitures, meubles détruits...et quelques feux que les habitants allument par ci par là pour se débarrasser de leur déchets.

Le peuple Guyaniens est surprenant, un subtile mélange d'origines africaines, américaines, européennes et asiatiques qui cohabitent en harmonie, respectant les croyances de chacun et s'identifiant tous avec fierté comme Guyaniens. Nous retrouvons l'influence évangéliste, plus de 50 % de la population est chrétienne non catholique, tous croient en Dieu mais peu essaient réellement de protéger leur planète. Les rues sont animés, joyeuses, l'architecture est faite majoritairement de construction en bois, dont la plus grande église en bois du monde, toutes peintes en blanc. Nous y passons quelques jours, découvrant les failles du système en terme d'éducation sur l'environnement, des publicités vertes du gouvernement mais aucune conscience populaire. Pas de poubelles ni conteneurs publiques, des produits jetables de partout, aucune connection directe avec la nature...les dégâts d'une croissance déréglée dans l'oubli des valeurs de respect de la nature.
Une troisième voyageuse nous rejoint, la copine de Raphael, Nieves, originaire d'Espagne qui a décidé de joindre l'aventure pour s'ouvrir au monde et partager son existence avec les êtres humains. Dans les rues de Georgetown, nous rencontrons aussi un groupe de volontaires fraîchement débarqués d'Europe, envoyés par l'organisation britannique VSO, très bien organisé qui organise des échanges de connaissance dans le monde entier. Les volontaires se rendent sur place dans l'idée de donner de former les locaux sur différents aspects, économiques, sociaux et environnementaux. Charlotte, une passionnée de l'humanité nous héberge pour quelques jours et nous permet de nous ressourcer avant de repartir sur les routes. Nous présentons aussi notre voyage aux enfants d'un orphelinat musulmans dans la capitale, une expérience riche qui nous motive à aller plus à la rencontre des enfants, espoirs pour un monde meilleur.

Mais très vite, l'aventure nous appelle, nos pieds se font fébriles, il faut se remettre en marche. Nous partons un mati pour le Brésil, en effet, une partie du Guyana est revendiquée par le Vénézuela et il n'y a donc pas de frontières officielles entre les deux pays...nous décidons donc de traverser la jungle pour rejoindre le Brésil et de là passer au Vénézuela. Commence alors une épopée fantastique au travers de la jungle à dos de pick up 4x4, camion de bois qui nous permettent d'avoir une vue imprenable sur la route de terre rouge et la forêt qui nous encercle de toute part. Plus on s'éloigne de la capitale et plus nous découvrons une hospitalité plus grande encore, on nous invite à manger, à dormir en s'intéressant toujours plus à notre histoire peu commune dans ces parages. Nous entrons dans la réserve d'Iwokrama où vivent les indigènes, l'une d'elle, Paulette, responsable de la réserve nous invite à dormir dans un petit village au coeur de la réserve. Ils tentent de préserver leur culture et d'accueillir des touristes pour la partager avec eux. Nous y trouvons un peuple adorable, généreux et hospitalier...qui malheureusement est contaminée par l'alcool et la modernité. Les soirs de fêtes, les hommes du village s'enivrent jusqu'au petit matin faisant fuir les éventuels touristes...Sur la route de nouveau, une route difficile avec les pluies récentes, camions empêtrés dans la boue, nous sommes chanceux toutefois, emmenés par des conducteurs experts dans des 4x4 compétitifs comme le fameux "land cruiser" qui, d'après notre chauffeur, serait le véhicule préférée de Ben Laden. Nous parvenons à Lethem sans problème, à la frontière avec le Brésil. Une nuit dans un hôtel après un délicieux repas, dernières preuves que l'hospitalité guyanienne est hors du commun puis nous traversons la frontière à pieds pour s'introduire de nouveau au Brésil. Nous ne nous y attardons pas, traversant la savane brésilienne, passant une nuit à Boa Vista puis de nouveau au travers d'une réserve naturelle, splendide, protégée par le gouvernement et réservée aux indigènes, pour rejoindre la frontière avec le Vénézuela.


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La traversée de l'Atlantique
La decouverte du bresil
Dans les guyanes
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