vendredi 23 juillet 2010

La découverte du Brésil

De nouveau sur la route, face à l'aventure, le cœur rempli d'espoir et le pouce levé au bord de l'asphalte. Qu'il est bon d'être de nouveau en mouvement sur la terre ferme, sur des chemins mystérieux qui mènent jusqu'à l'horizon. Le Brésil est l'endroit parfait pour l'amoureux du bitume...des routes qui s'étendent sur des milliers de kilomètres aux travers de steppes arides, déserts rocheux, plaines verdoyantes, jungles luxuriantes...Un véritable rêve qui prend forme de voyage épique...aucun obstacle, le monde nous est ouvert.

Aucun obstacles physiques...mais l'arrivée sur le continent fut secouée, éprouvante psychologiquement. Deux vols, l'un aérien avec le retour de Nicolas, l'un des trois aventuriers pour des raisons sentimentales, puis un vol criminels. Benjamin se retrouve sans sac-à-dos, sans appareil photo, même sa brosse à dent fut dérobés. Un camionneur saoul aurait semble-t-il trompé leur confiance et serait parti sans dire un mot avec les affaires. Triste histoire mais début d'une nouvelle aventure...plus libre...encore plus humaine et plus libre.
Ainsi l'aventure continue, 2200 kilomètres les séparent de l'Amazone, plusieurs jours de voyage à travers un pays fortement contrasté où vivent environs 200 millions de personnes. Un pays extrêmement riche, en auto-suffisance alimentaire et énergétique, un pays immenses qui offre une diversité impressionnante de climats, de ressources naturelles, de paysages et de populations...des favelas surpeuplés encrassés dans une pollution urbaine inquiétante, cabanes faites de déchets en bordure d'égouts à côté des grattes-ciels et shopping center où se ruent la classe moyenne, les nouveaux riches, nouveaux consommateurs affamés de nouveautés. Le Brésil c'est aussi une croissance économique rapide, jeune, surprenante en ces temps de crises qui entraîne une détérioration de ces ressources naturelles effrayantes. Les rivières sont de véritables égouts où terminent tous les déchets de la société. L'écologie est un mystère pour la plupart, les gens jettent leurs ordures directement dans les fleuves sans gène...comme s'ils ne savaient pas que le plastique n'est pas biodégradable. Les sujets tels que la pollution, la déforestation suite aux productions intensives de soya -destinés aux bovins européens- n'apparaissent que très peu dans la presse où à la télévision. Ces sujets sont bien souvent effacés derrière le football, véritable religion qui hypnotise toute la population brésilienne durant la coupe du monde. Lorsque la «Selecao» joue, le Brésil est en pause, les écoles ferment, les disputes politiques cessent, les lois s'oublient...tous sont haletant, derrière leurs postes de télévision, un bière à la main est le regard anxieux...un but, joie, une défaite, dépression...comme si le bonheur des gens ne dépendait que du foot...comme s'il n'avait rien d'autre pour vibrer...Les gens aux pouvoirs en ont conscience et semble l'utiliser, la «Selecao» est un outil de contrôle terrible, elle unie le peuple, le rend heureux et le fait consommer...jusqu'à l'ivresse...
Raphael et Benjamin s'apprêtent à parcourir ce pays d'Est en Ouest pour arriver aux berges de l'Amazone. Les débuts sont difficiles, la société brésilienne et menacée par la criminalité, 25 morts pour 100000 habitants par an et des milliers de crimes mineurs. Les contrastes en sont la cause principale, riches et pauvres vivent côte-à-côte, alimentant mépris et jalousie...Les riches se protègent de plus en plus du haut de leurs grands immeubles gardés férocement où derrière des barrières électrifiés, ils se cachent derrière les vitres teintées de leurs voitures. Au pied de leurs immeubles, des enfants ramassent les ordures, plastiques, canettes d'aluminium, il le revendent au kilo...un recyclage peu convenable qui n'empêche pas la majorité des déchets de terminer dans les rivières.
La peur est donc omniprésente, l'auto-stop en est difficile. Ils ont tous peur des "ladrons", criminels qui prennent toutes sortes d'apparences. Il aura fallu 5 jours pour nos deux explorateurs sur une station essence lugubre, point de rencontre pour les camionneurs ivres en dépression et les prostituées. Puis, enfin, Darli, un ange gardien arrive avec son semi remorque et accepte d'emmener les deux jeunes jusqu'à Teresina, au centre du pays à 1000 kilomètres de là. CE pas est primordial et un nouveau voyage commence. L'intérieur est très différent des villes, plus calmes...plus de nature -malgré un manque de conscience écologique tout aussi présent- plus d'hospitalité. Les boulangeries leurs offrent du pain, les restaurant à manger et les véhicules s'arrêtent au bord de la route pour prendre Raphael et Benjamin. Ils avancent à bonne allure, découvrant de charmants villages colorés, rencontrant des gens très sympas..même s'ils ne comprennent pas tous cette aventure, leurs notions géographiques étant très limitées.
Ils arrivent très vite à Belem...nouvelle ville, nouveau choc. Finis les grands espaces verts..pas de jungle non plus, l'entrée de l'Amazone fait figure pâle. De grands immeubles gris, un trafic hallucinant, une atmosphère irrespirable. C'est un véritable chaos de voitures, gens de toutes sortes qui vivent dans une ville délabrée fatiguée suite à une expansion trop rapide de sa population. Les deux aventuriers ne s'y attardent pas, ils traversent les favelas pour rejoindre le port et se présente devant la directrice de la compagnie de transport qui assure la liaison Belem - Macapa. L'histoire lui plait, elle accepte tout de suite de nous offris le voyage et de nous laisser dormir sur la bateau la nuit même. Il suffit de demander parfois pour que les portes de nos rêves s'ouvrent...
Les voici tout deux sur l'Amazone, ce fleuve...qui plus qu'un fleuve est un véritable monde à part entière, riche, mystérieux, barricadés derrière des remparts d'arbres touffus. L'embarcation se faufile dans ce labyrinthe sur-réel où seules quelques personnes vivent sur les berges, se déplaçant en canoë et vivant en complète autarcie. De loin ils nous saluent, à nos côtés, des gens jettent des vieux vêtements emballés à l'eau pour eux. L'amazone est immense...mais reste fragile, les déchets y circulent librement et s'entassent sur les berges, les gens pensent que tout ce qui y rentre disparait et y jettent toutes leurs ordures, bouteilles, boites de conserve, pots de peintures, meubles en fer...tout...la nature souffre ici, et l'on peut presque entendre ses gémissements.

L'arrivée dans L'Amapa dévoile un tout autre visage du Brésil témoignant encore une fois de la diversité de ce pays. Cette région est en bordure de la forêt Amazone, à peine 500 000 habitants et des hectares et des hectares de terres vierges. Séparés au Sud par l'Amazone et au Nord par le fleuve Oyapock, cet endroit vit un peu sur son propre rythme, les gens y sont plus accueillants, plus généreux...plus tranquilles...vivant sur un ton plus harmonieux. On y perçoit aussi un peu plus de conscience écologique. Un sénateur a essayé d'instaurer des mesures pour préserver cette région magnifique mais il s'est fait «politiquement descendre par les lobbyistes nationaux et internationaux. » Résultat, une monoculture s'étend sur des centaines de kilomètres pour la production d'eucalyptus destinée aux entreprises de papier chinoises ou américaines. Les images sont impressionnantes, des kilomètres d'arbres bien alignés, rangés soigneusement et arrosés de pesticides. Au total, 40 millions d'arbres seront coupés chaque année et replantés pour être transportés chaque semaines sur d'énormes cargos en direction de l'Asie et du Nord de l'Amérique. Ces lignes artificiels font contrastes avec les grandes savanes vierges, les oasis luxuriants qui bordent les rivières nombreuses dans cette partie du Brésil et la forêt qui se distingue à l'horizon.

Bientôt, les deux aventuriers arrivent en bordure de l'Amazone qui les séparent de la frontière avec la Guyane. Ce n'est que la pointe de cette océan de biodiversité mais le voyage s'annonce intense, 200 kilomètres sur une route en terre rouge, humide entre deux hauts murs épais et mystérieux de verdures, à l'arrière d'un pick-up, position idéale. Six heures de route durant lesquelles Raphael et Benjamin peuvent à loisir contempler la nature dans toute sa splendeur...quand vient la nuit, le spectacle s'anime, aucune pollution lumineuse, le ciel sombre éclaire nos rêves avec ses milliers d'étoiles et de la forêt s'échappe un concert harmonieux et envoûtant. Oiseaux, insectes, singes et autres merveilles de la nature s'expriment librement et nous berce jusqu'au rives de l'Oyapock, la frontière avec la Guyane.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.