mardi 20 juillet 2010

La traversée de l'Atlantique


Le destin est capricieux et seule la patience porte ses fruits. Ce jour-là fut un jour comme un autre…En début d’après-midi elle se met en marche en direction du port de Las Palmas. Elle ratisse les boulangeries pour quelques bout de pain de la veille et explore les contenus des poubelles à la sortie des “hyperdinos”. A chaque fois c’est le jackpot, les supermarchés locaux jettent des quantités effrayantes de nourritures qui ne peuvent plus être mises en vente selon leurs règles. Fruits et légumes légèrement abîmés ou trop moches pour être mis en rayon à côté des nouveaux arrivages, yaourt qui périment le jour même ou ceux d’après, pain dur ou humide de la veille, pâtisseries sur le point de périmées, en moyenne, c’est 50 kilos de nourritures comestible qui est jeté par chaque supermarchés par jour. Rien qu’à Las Palmas, il y a environs 40 supermarchés “hyperdinos”…c’est donc près de 2000 kilos de nourriture qui sont gaspillées quotidiennement.

Raphael, Nicola et Benjamin continuent leur promenade quotidienne, 30 minutes séparent le squat où ils dorment et le port. Arrivés sur les pontons, ils entament leur rituel consistant à faire un petit tour sur chaque pontons pour parler aux nouveaux arrivants, faire un arrêt furtif au Sailor’s Bar, le repère des marins puis une petite balade sur le pont principal où les plus grands voiliers font escales. Pendant presque un mois, les trois aventuriers ont respectés ce rituel, arrivant jusque là et s’arrêtant un instant pour contempler les voiliers. Ce jour-là, 27 avril 2010, n’était pas un jour comme les autres. Le rituel s’arrête net alors qu’il découvre un nouveau bateau, un magnifique voilier d’environs 13 mètres avec un drapeau Italien…tout s’est enchaîné très vite. Une rumeur courait sur le port que deux capitaines cherchaient un équipage, la nouvelle n’a pas fait le tour de leurs esprits que Nicola, Raphael et Benjamin étaient déjà dans les airs, courant, volant à la recherche de ces deux lueurs d’espoirs. Ils déboulent au Sailor’s Bar. Deux hommes d’une quarantaine d’années sont assis à une table. Nicola n’hésite pas une seconde: “Siete Italiani?” demande-t-il avec un brin d’excitation dans la voix. “Si” répondent-t-il l’air amusé face à ces trois drôles qui les observent, essoufflés avec de grands yeux brillants. “Siete voi i proprietari del veliero appena arrivato?” “Partite per Capo Verde? Vi vá di andarci assieme?”. “Si”. Un simple si, un simple oui, court, bref, honnête…trop simple pour être vrai…trop facile après un mois d’attente. “Si”, une simple note légère, qui soulage les coeurs et libère les rêves d’Amériques. Si, un simple hochement de tête et un sourire comme pour confirmer qu’une simple note peut délier les cordes de l’impossible. “Si”, comme une note magique qui débute la plus belle des mélodie de ce voyage: la traversée de l’océan Atlantique.

Marco et Francesco sont les deux capitaines au grand coeur qui se partagent le commandement du “Fetse” véritable palace ambulant de 13 mètres cinquante qui sillonne les mers depuis plus de 20 ans. Ils partent dans une dizaine de jours, juste le temps pour la locomotive de faire ses adieux à l’île.

Raphael, Nicola et benjamin organisent une soirée documentaire sur le thème de la nourriture avec les squatteurs de la tomatera. Ensemble ils cuisinent des petits apéritifs, une soupe et des compotes grâce à la nourriture recyclée la veille et ils invitent toute la ville à partager quelques instants dans le “taller” où sera projetée “We feed the world” (nous nourrissons le monde). Au total, une trentaine de personnes assistent à l’évènement tous enthousiasmé par l’initiative. Ils profitent ensuite de leur liberté retrouvée pour visiter un peu le centre de l’île dans l’une des nombreuses “ravines” qui partent du centre de l’île pour rejoindre la mer.La ravine de Santa-Lucia est exceptionnel, contrastant avec les montagnes arides qui l’entourent, il offre une végétation luxuriante et permet au plus aventureux d’habiter les grottes nombreuses. José s’y est installé par exemple il y a une trentaine d’année pour construire un lotissement perchés dans les arbres et y organiser des séjours de yoga…le tout avec énergie solaire. Deux italiens se sont aussi installés pour construire une maison écologique avec pompes hydraulique, panneaux solaires, construction en bambous, permaculture et bio-gas fait à partir d’excréments…un exemple d’auto-suffisance pour inspirer les amoureux de la nature et de l’harmonie.

Le grand jour approche. La locomotive en rêvait depuis des mois…ils s’apprêtent à voguer sur la réalité, à s’échapper une bonne fois pour toute des rivages européens pour s’aventurer dans les eaux profondes de l’Atlantique. Ils partent le 10 mai, après qu’il aient été forcés de se laver correctement de mettre de l’ordre dans leurs affaires. Il font escale au sud de l’île de Gran Canarias pour attendre les vents…puis….le lendemain à l’aurore, le “fetse” s’élance avec un vent léger en poupe. Les sensations éprouvées á ce moment sont indescriptibles. Raphael, Nicola et Benjamin partent pour le grand bleu, sans peurs ni doutes mettant toute leur confiance dans les planches du Fetse qui vogue sur une route imaginaire, éphémère qui se referme aussitôt après son passage…une route qui les emmène tout droit jusqu’au Cap vert.

Le cap vert et l’escale obligatoire pour tout bateau qui souhaite joindre le brésil, un endroit idéal pour faire le plein de vivres, d’eau et de gazole. L’archipel est splendide, composé d’une dizaine d’île aux paysages très diverses allant du désert de sel à la jungle tropicale en passant par des plages au sable fin. L’histoire turbulente des ces îles situées sur la route des esclaves offre un métissage intéressant de culture où se mélangent rythme africains, architecture coloniale et coutumes latines…L’équipage ne s’y arrête que trois jours puis repart aussitôt pour l’océan…la plénitude infinie de ses eaux, le mouvement perpétuel de ses vagues qui fait danser le Fetse jour et nuit, une valse incessante qui perturbe touts les concepts de stabilité. Là-bas, au milieu de l’océan, seul l’horizon reste immobile, point de repère pour l´homme perdu dans un océan toujours en mouvement. L’océan atlantique est un véhicule d’émotions fortes et d’instants magiques: se laisser tirer par le voilier en plein mer, le corps nu, immergé sous l’eau, massé par les flots, la main ferme tenue à l’échelle; la cuisine créative, les gnocchis plus savoureux dans l’imaginaire que dans l’assiette, les crêpes volantes sans eau ni lait, les pâtes fraîches; le couchers de soleil toujours différents; les nuits sombre où le ciel dévoilent une infinités d’étoiles…tant de petits instants qui portent la Locomotive et les deux capitaines dans la joie et la bonne humeur jusqu’à Fernando de Noronha.

Cette île est mystérieuse, elle n’apparait que sur les cartes marines et recèle des trésors naturels que l’homme ne peut s’imaginer. Un véritable paradis terrestre jalousement gardé par le gouvernement brésilien qui impose une taxe de 40 euros par jour pour les touristes et interdit les investissements étrangers… Les trois aventuriers ne passent qu’une quinzaine d’heures sur l’île avant de se faire rappeler à l’ordre par la police. Ceux qui ne payent pas restent sur le bateau.

Le Fetse repart après trois jours pour les côtes du brésil située à peine à 200 kilomètres. L’excitation monte…enfin, les trois explorateurs vont enfin poser les pieds sur le continent sud américain…ils vont pouvoir enfin libérer leur soif d’aventure…7000 kilomètres les séparent de Mexico…ils sont à la moitié du chemin qui les mène jusqu’à leur rêve. Ils s’apprêtent à débarquer avec le plus grand de leurs sourires, le coeur gonflé à bloc d’énergie positives et affamés de découvertes, prêt à dévorer chaque mètres qui les séparent de leur destinée.

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